Archive for avril, 2009

Joseph Sève et les mamelouks

Soliman Pacha : portraits

Joseph Sève                 Joseph Sève alias SOLIMAN PACHA
portraits de Joseph Sève
Soliman Pacha
(origine inconnue)


Joseph Sève et les mamelouks

Joseph Sève face à un bataillon de Mamelouks

Le dessin ci-dessus, original de J.A. BEAUCE, est tiré du livre “L’Egypte au XIXème siècle” d’Edouard Gouin -Paul Boizard, Editeur, Paris 1847 -.La scène représente Joseph Sève, face à ses mamelouks ; elle est décrite ainsi par A. Vingtrinier (voir Bibliographie) dans un style dithyrambique :
“Le bataillon faisait un jour l’exercice à feu, sur les bords du Nil et Sève, jouissant de son œuvre, admirait la fermeté et la précision vraiment étonnante des mouvements. Emporté par l’amour de son art, tout à sa création, il pique son cheval, s’éloigne de manière à pouvoir embrasser l’ensemble des manœuvres et, placé en face des rangs, il prononce les divers commandements.
“Au mot : Feu ! son cheval tressaille, Sève s’étonne, les balles ont sifflé autour de lui. Les mamelouks, cette fois, ont bien réellement voulu l’assassiner.
“Il se dresse sur ses étriers, enlève son cheval et se précipite sur son bataillon. Là, il entre dans les rangs qu’il bouscule, frappe à droite et à gauche, d’une cravache vigoureusement manœuvrée ; la flexible lanière cingle les épaules et les visages ; les coups pleuvent comme grêle ; les mamemlouks reculent ; le chef accompagnent ses coups d’injures sanglantes :
“- Triples canailles, pouceaux maudits, fils de chien, c’est à cette distance-là que vous manquez encore un homme ? Recommencez.
“Et faisant voler le sable sous les pieds de son cheval, il retourne audacieusement se camper en face du bataillon.
“- Chargez !
“A cet ordre, qui est un défi, le bataillon frémit de stupeur, il obéit cependant.
“- Une, deux ; doucement donc, ânes bâtés ! Ne vous pressez pas. Bien.
“Attention ! - Portez armes ! apprêtez armes !
“Les cœurs battaient à tout rompre ; les yeux dévoraient le chef.
“- En joue, feu !
“A ce trait d’héroïque folie, à ce commandement donné d’une voix si vibrante, une clameur s’éleva dans les airs ; les rangs se rompirent, les fusils tombèrent et le bataillon accourant tout entier, entoura son commandant avec des cris de repentir.
“… Toutes les voix juraient obéissance passive et à toute épreuve, invincible et inviolable attachement.
“… Sève venait de conquérir des cœurs…”


Les artisans de l’Egypte moderne

Mehemet Ali, son fils Ibrahim et Soliman Pacha (Colonel Seve)

gravure tirée du même ouvrage que référencé ci-avant (1847), de gauche à droite :
Mehemet Ali, Vice-roi d’Egypte, Ibrahim son fils, et Soliman-Pacha (Colonel Sèves)


Revue du Champ de Mars Paris 1846

La revue du Champ de Mars, Paris, avril 1846

En 1845/46, Ibrahim vient en France faire une cure à Vernet-les-Bains (Pyrénées Orientales), accompagné de Joseph Sève/Soliman Pacha qui fera, à Perpignan, la connaissance du Maréchal de Castellane. En avril 1846, le roi Louis-Philippe recevra Ibrahim et Soliman Pacha ; le 27 juiillet 1846, ce dernier sera fait, par le roi Louis Philippe, Grand Officier de la Légion d’Honneur à titre étranger, au cours de grandes fêtes militaires qui avaient lieu à Vincennes. La gravure ci-dessus est du même auteur que les précédentes et figure dans le même ouvrage. Au premier plan, Ibrahim, fils de Méhémet Ali, et un peu en arrière à droite, Soliman Pacha/Joseph Seve.


La maison de Soliman Pacha au Caire

la maison de Soliman Pacha (106948 octets)

La maison de Soliman Pacha, dans le “Vieux Caire” ( photo tirée de “Images“,   n°119 (numéro spécial) - 1931 page 8). C’est dans cette maison qu’il reçut  Ampère, Flaubert, le maréchal Marmont, des Saint-Simoniens et bien d’autres  : personnalités, explorateurs, savants, militaires, techniciens, qui lui étaient envoyés de France, recommandés à lui ou simples voyageurs venus lui faire une visite de courtoisie.

 


Un billet manuscrit de Soliman Pacha

 

manuscrit de Soliman Pacha (50202 octets)reproduction d’un billet manuscrit de Soliman Pacha - Joseph Sève (Bibliothèque Municipale Lyon-Part Dieu - Fonds ancien cote  MS Coste 1133 - pièce 31)

Transcription ligne à ligne

Mon cher Jules j’ai appris

hier votre mésaventure je vous en

veux beaucoup d’être allé au camp

sans venir à la maison vous me jugez

bien mal si pensant que la perte

d’un sabre quelque soit sa valeur

puisse atténuer l’amitié que je vous

porte. ne faites pas l’enfant

et venez ce soir souper avec nous

j’aimerais partir pour le camp mais

une affaire qui survient s’y oppose   


votre ami
Soliman
ce samedi

Ce manuscrit, étant signé : Soliman, date naturellement de la période égyptienne de Joseph Sève. Il n’est pas possible de le dater de manière plus précise, et le prénom du destinataire ne permet pas de l’identifier. L’auteur cependant ne fait aucun doute.


Le mausolée de Soliman Pacha
dans le “Vieux Caire”

 le mausolée de Soliman Pacha (19279 octets)
le mausolée de Soliman Pacha, dans le “Vieux Caire”, toujours visible
et à gauche en retrait celui de Setti Maria, son épouse, décédée en 1896.
(photo prise aux alentours de 1900)


Le Caire : place Soliman Pacha

la statue de Soliman Pacha

Carte postale (ci-contre), expédiée du Caire  le 27/12/1906 et représentant la statue de Soliman Pacha, au début du XXe siècle, au centre de la place du même nom,  (ci-dessous), aujourd’hui place Tal’at Harb.  Cette statue est visible au musée de l’Armée au Caire.
La ville du Caire a été le théâtre d’un développement étonnant pendant les années 1900/50. D’environ mille hectares construits vers 1900, la surface construite passait déjà à 16300 hectares  vers 1920. D’un million d’habitants vers 1900, elle en compte aujourd’hui plus de 16 millions


La place Soliman Pacha au Caire au début du XXème siècle


La reine Nazli (1894-1978)
arrière petite fille de Joseph Sève/Soliman Pacha
épouse de Fouad 1er et mère de Farouk 1er

Queen Nazli et son père

La reine Nazli, arrière petite fille de Joseph Sève, Soliman Pacha, épouse de Fuad 1er et mère de Farouk 1er, photographiée avec son père Abdel Rahim Sabri Pacha. “Queen Nazli“, telle qu’elle était appelée en Egypte, vouait une grande admiration à son arrière grand-père, Soliman Pacha et  mena une action continue pour rendre plus présent son souvenir.
(photo tirée d’un quotidien égyptien de l’époque)

extrait de Burke's Royal Families

Extraits de “BURKE’S ROYAL FAMILIES OF THE WORLD”
Volume II Africa & Middle East”  -   1980

LA FAMILLE ROYALE D’EGYPTE….
p. 36

Le roi Fuad 1er marié en secondes noces, au Bustan Palace du Caire, le 24 mai 1919, à Nazli* (née à Alexandrie le 25 juin 1894, décédée à Los Angeles, Californie, USA, le 29 mai 1978), fille de Abdel Rahim Sabry Pacha, ancien Ministre de l’Agriculture et Gouverneur du Caire et de sa femme Tewfika, fille de Mohamed Sherif Pasha, qui fut Premier Ministre d’Égypte et de son épouse Nazli, fille du Colonel Sève (Soliman Pacha), un français qui a organisé l’armée égyptienne sous Méhémet Ali, il décéde au Caire le 28 avril 1936, ayant  par elle [Nazli] eut une postérité [Farouk 1er]”
2 Farouk
succède à son père...


Ces documents graphiques, pour la plupart, ont été rassemblés
par Max Karkégi (Voir Bibliographie)


Voir aussi les quelques illustrations de la page “Biographie” :

- Copie de l’acte de baptême de Joseph Sève, 19/05/1788
(archives de la Ville de Lyon)
- Portrait-main d’Antoinette Juillet (1765-1814), mère de Joseph Sève/
Soliman Pacha
- Photo de Soliman Pacha faite par Nadar vers 1850
- Buste de Soliman Pacha, à la Préfecture du Rhône à Lyon

 

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Bataille des pyramides 1798

Bataille des pyramides 1798

Pyramides (JPEG)

La bataille des pyramides a lieu le 3 thermidor An VI (21 juillet 1798) entre l’Armée française d’Orient commandée par Bonaparte et les forces Mamelouks commandées par Mourad Bey, lors de la Campagne d’Égypte.

En juillet 1798, Bonaparte marche d’Alexandrie où il a débarqué le 1er juillet au Caire pour occuper l’Égypte. Un premier combat, le 13 juillet à Chebreiss, se solde par une rapide défaite des Mamelouks qui perdent dans ce premier combat 300 cavaliers. Ceux-ci se retirent alors vers Le Caire. On informe Bonaparte que Mourad Bey l’y attend avec toutes ses forces réunies. Les Mamelouks ont en effet décidé de livrer une bataille décisive sous les murs de leur capitale. Leur armée, rassemblée sur la rive gauche du Nil autour du village d’Embabeh près du plateau de Gizeh, est adossée au fleuve, couvrant ainsi Le Caire situé sur la rive droite. Mourad Bey est à la tête de plus de 10 000 cavaliers Mamelouks, qui s’étendent dans la plaine entre le fleuve et les pyramides. Ceux-ci sont accompagnés de cavaliers arabes et 24 000 fellahs et janissaires disposés dans le village ou de rapides travaux de fortification ont été réalisés.

L’armée française, qui a commencé sa marche de nuit, arrive au lever du jour face à l’ennemi. C’est alors que l’on prête à Bonaparte cette courte harangue :

« Soldats ! Vous êtes venus dans ces contrées pour les arracher à la barbarie, porter la civilisation dans l’Orient, et soustraire cette belle partie du monde au joug de l’Angleterre. Nous allons combattre. Songez que du haut de ces monuments quarante siècles vous contemplent. »

L’armée française est composée de cinq divisions comme à Chebreiss. Desaix et Regnier commandaient la droite, formée de deux divisions, Menou et Bon la gauche, également composée de deux divisions. Bonaparte est au centre avec la division Kléber commandée par Dugua en l’absence de ce général blessé à Alexandrie.

Bonaparte fait mettre l’armée en carrés de 2 000 hommes décrits ainsi par Thiers [

« Chaque division formait un carré ; chaque carré était sur six rangs. Derrière etaient les compagnies de grenadiers en peloton, prêtes à renforcer les points d’attaque. L’artillerie était aux angles ; les bagages et les généraux au centre. Ces carrés étaient mouvants. Quand ils étaient en marche, deux côtés marchaient sur le flanc. Quand ils étaient chargés, ils devaient s’arrêter pour faire front sur toutes les faces. Puis, quand ils voulaient enlever une position, les premiers rangs devaient se détacher pour former des colonnes d’attaque, et les autres devaient rester en arrière formant toujours le carré, mais sur trois hommes de profondeur seulement, et prêts à recueillir les colonnes d’attaque. »

La bataille

Bonaparte, en examinant le dispositif de l’ennemi remarque que les pièces qui garantisse le camp d’Embabeh n’étaient pas montées sur des affûts de campagne. Il comprend que les fantassins turcs n’oseront pas s’en éloigner. Il ordonne à Desaix de prolonger sa droite pour se mettre hors de portée de l’artillerie, et d’attaquer ensuite les Mamelouks, tandis que Bon, de son coté, attaquera de front les retranchements d’Embabeh, le but de cette manœuvre étant de les placer entre deux feux et de séparer les Mamelouks du camp retranché.

Mourad s’aperçoit du mouvement des français et en devine l’intention. Il donne alors l’ordre à sa cavalerie de charger les colonnes françaises pendant leur marche. Le choc est si rapide et brutal sur les colonnes françaises, qui se forment en carrés, que ceux-ci en sont un moment ébranlés. Les charges des Mamelouks se multiplient en vain face au déluge de feu qui s’abat sur les cavaliers. La discipline des carrés français semble l’emporter sur leurs efforts désordonnés. De nombreux Mamelouks trouvent la mort devant ceux-ci, où viennent se briser tous leurs efforts. Bonaparte saisit alors ce moment décisif pour faire faire attaquer Embabeh. Les généraux Bon et Menou enlevent à la baïonette le village et ses retranchements, tuant de nombreux Mamelouks qui s’y sont retranchés. La division turque et les Fellahs sont alors resserrés entre les carrés français et le fleuve. Ils sont entièrement dispersés ou détruits. Mourad Bey, séparé de ses troupes, se retire vers Gizeh avec 2 500 cavaliers, seul reste de son armée, la majeure partie des troupes turques et des Fellahs se sont sauvés à la nage en traversant le Nil. La division de Desaix continue la poursuite au-delà des pyramides.

Conséquences

Les pertes françaises lors de cette bataille sont très légères, de 30 à 40 hommes morts et environ 300 blessés contre plus de 20 000 tués ou blessés ainsi que 40 canons pour les Mamelouks.

Cette bataille ouvre la route du Caire à Bonaparte qui y entre le 24 juillet.

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La reconquête de Chypre par les Ottomans

 

Carte de Chypre

chypre-2-1b3df.jpg

Les Musulmans saisirent l’importance stratégique de l’île de Chypre dès l’époque du Califat Bien-Guidé. Située dans la partie la plus orientale de la Mer Méditerranée, elle constituait une menace permanente pour la présence musulmane sur le pourtour méditerranéen, que ce soit en Syrie, en Égypte, au Maghreb, ou plus tard en Anatolie. Du point de vue stratégique, l’île était en effet un obstacle devant le commerce musulman en Mer Méditerranée et devant les caravanes de pèlerins. Elle constituait par ailleurs un poste avancé pour toutes les Croisades menées contre les Musulmans. Elle est située à quelque cent kilomètres des côtes turques, autant des côtes syriennes et à environ cinq cents kilomètres des côtes égyptiennes.

Il y eut plusieurs tentatives de prise de contrôle de Chypre par les Musulmans. La première datait du règne du Calife Bien-Guidé `Uthmân Ibn `Affân — que Dieu l’agrée —. Le gouverneur de Syrie de l’époque, Mu`âwiyah Ibn Abî Sufyân — que Dieu l’agrée —, lui avait alors demandé l’autorisation de mener une expédition militaire maritime contre Chypre. `Uthmân accepta la demande à condition que l’armée qui prendrait la mer serait exclusivement composée de volontaires. C’était en effet la première fois que les Musulmans lançaient une offensive par voie maritime. Le Calife prit donc en compte les craintes des Musulmans qui, accoutumés jusque-là à la vie du désert, n’avaient aucune expérience de la mer.

En 649 E.C., la flotte musulmane partie de Syrie sous le commandement de `Abd Allâh Ibn Qays et la flotte partie d’Égypte sous le commandement de `Abd Allâh Ibn Sa`d parvinrent à conquérir Chypre qui était alors sous domination byzantine. Plusieurs éminents Compagnons du Prophète participèrent à cette expédition, à l’instar de `Ubâdah Ibn As-Sâmit ou de Umm Hirâm Bint Milhân — que Dieu les agrée —. Umm Hirâm fut ainsi la première martyre musulmane à être tuée au cours d’une expédition maritime. Elle mourut et fut enterrée à Chypre. Les Musulmans conclurent un traité avec les Chypriotes leur garantissant protection et liberté de conscience moyennant la cessation des activités hostiles contre les Musulmans, leur collaboration pour tenir les Musulmans informés des mouvements militaires anti-musulmans de l’Empire byzantin, et le paiement d’une capitation annuelle s’élevant à sept mille dinars.

Lorsqu’éclata la guerre civile entre les Musulmans sous le règne de l’Imâm `Alî Ibn Abî Tâlib — que Dieu l’agrée —, les Chypriotes profitèrent de ces troubles politiques pour refuser de payer la capitation. Mu`âwiyah lança alors une nouvelle expédition militaire contre l’île pour la soumettre à nouveau à l’autorité musulmane. Mais quelques années plus tard, les difficiles circonstances politiques que traversait l’État islamique, dues au conflit armé entre `Abd Allâh Ibn Az-Zubayr, Compagnon du Prophète et fils du Compagnon Az-Zubayr Ibn Al-`Awwâm, l’un des Dix promis au Paradis, et `Abd Al-Malik Ibn Marwân, Calife omeyyade, permirent aux Byzantins de reprendre le contrôle de Chypre.

Plusieurs conflits armés opposèrent Musulmans et Byzantins au sujet de l’île. Des expéditions navales furent ainsi lancées par les Musulmans en 748, en 775 et en 806 E.C..

Durant les Croisades, Chypre joua un rôle hostile aux Musulmans. Conquise en 1191 E.C. par le Roi d’Angleterre Richard Cœur-de-Lion, elle devint une base militaire assurant le soutien logistique des forces croisées. Lorsque les derniers Francs furent chassés de Syrie à la fin du XIIIe siècle, ils se regroupèrent à Chypre d’où ils menaient des raids et des actes de piraterie contre les navires et les rivages musulmans. L’un des pires actes de piraterie auxquels ils se livrèrent fut le pillage d’Alexandrie en 1366 E.C., mené sous les ordres de Pierre Ier de Chypre. Les pirates chypriotes avaient alors occupé pendant trois jours la ville d’Alexandrie, massacrant les habitants, violant les femmes et capturant des prisonniers.

Face à cette source d’inquiétude permanente, le Sultan mamelouk Al-Ashraf Barsabây décida en 1426 E.C. de reconquérir Chypre et de l’annexer à son État. Mais la République de Venise reprit le contrôle de l’île en 1490 E.C. pour y asseoir durablement sa domination.

Les Ottomans post-magnifiques

À la mort du Sultan ottoman Sulaymân Al-Qânûnî (Soliman le Magnifique) le 7 septembre 1566 E.C., à l’âge de 71 ans, et après un règne de 46 ans, ce fut son fils Salîm II (Selim II) qui prit la succession à la tête du Califat. Salîm II était né de l’union de Sulaymân Al-Qânûnî avec son épouse russe, Roxelane. Mais le fils n’était en rien comparable au père, en termes de puissance, de force de caractère et de charisme. Il n’était pas vraiment prêt à préserver les acquis de son père, sous le règne duquel l’Empire ottoman avait atteint son apogée, avant de commencer un inexorable déclin.

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Le Sultan Salîm II

La faiblesse de Salîm II incita plusieurs puissances mondiales à essayer de se tailler une part dans la Sublime Porte. Mais la présence de personnalités éminentes aux postes clés du gouvernement ottoman, à l’instar d’As-Sadr Al-A`dham ou Grand Vizir Sokollû Pacha, pallia aux déficiences du Calife. Par ailleurs, l’esprit du jihâd et la foi en la puissance militaire de l’Empire, insufflés par Sulaymân Al-Qânûnî, étaient encore suffisamment présents dans les consciences ottomanes pour repousser les agressions extérieures.

Salîm II dut ainsi faire face par exemple en 1567 E.C. à un soulèvement chiite, plus précisément zaydite, au Yémen, qui obligea les Ottomans à se retirer de l’intérieur des terres et à se cantonner aux côtes. Ils ne purent reprendre en main la situation et rasseoir leur autorité sur le Yémen que deux ans plus tard.

Sur les frontières orientales de l’Empire ottoman, l’Empire séfévide, ancêtre de l’actuel Iran, et d’obédience chiite, entretenait des rapports très tendus avec les Ottomans. Au nord, l’Empire russe prenait de plus en plus d’envergure au plan commercial, économique et politique. Il venait de s’emparer de Kazan et d’Astrakhan.

La reprise de l’offensive

Face à cette ère de recul dans laquelle pénétrait l’Empire ottoman post-magnifique, les grandes figures de l’État décidèrent de repasser à l’offensive en reconquérant l’île de Chypre, naguère musulmane, et désormais sous contrôle vénitien. Venise constituait alors la principale menace maritime pour le commerce florissant de l’Empire en Mer Méditerranée. Chypre se trouvait précisément sur la route maritime reliant l’Anatolie à l’Égypte (ottomane depuis 1517 E.C.), et les Vénitiens l’utilisaient pour attaquer les navires de commerce ou de pèlerins. Les rapports entre les deux puissances maritimes rivales étaient donc très tendus, malgré un certain nombre d’accords qu’elles avaient signés.

Au plan religieux, bien que les Vénitiens catholiques dominassent Chypre, les Chypriotes étaient eux-mêmes rattachés à l’Église orthodoxe. Ils eurent donc à subir maintes exactions de la République de Venise. Par ailleurs, en 1567, le Sheikh de l’Islam (Shaykh Al-Islâm) - titre donné à la plus haute autorité musulmane de l’Empire et personnalité la plus influente après le Sultan, avant même le Grand Vizir - émit une fatwâ décrétant que puisque Chypre était autrefois une île musulmane conquise par les actuels ennemis vénitiens, il était du devoir des Musulmans de la leur reprendre.

Salîm II, assuré ainsi que la guerre qu’il mènerait pour récupérer Chypre était légitime, demanda l’avis de ses conseillers et des grands hommes d’État de l’Empire. La plupart le soutenaient, mais un certain nombre de personnalités ottomanes demeuraient sceptiques. Elles craignaient que la reconquête de Chypre ne serait pas digérée par la chrétienté, qui pourrait s’unir contre l’ennemi ottoman, notablement affaibli depuis la disparition de Sulaymân Al-Qânûnî. Selon eux, la guerre ne serait pas seulement entre l’Empire ottoman et la République de Venise, mais entre l’Empire ottoman et toute l’Europe chrétienne.

Le Sultan Salîm II balaya néanmoins ces doutes et prit la ferme décision de reconquérir Chypre et d’en refaire une île musulmane.

La reconquête

Les Ottomans préparèrent minutieusement la campagne de Chypre, notamment en ce qui concerne leur arsenal maritime. Venise était en effet réputée pour être une redoutable puissance des mers, disposant d’une flotte nombreuse et développée. L’Empire ottoman se dota alors du plus grand nombre de bâtiments de guerre qu’il avait jamais possédé. Pas moins de quatre cents navires affrétés allaient s’engager dans la reconquête de Chypre.

Les Ottomans envoyèrent d’abord une flotte de reconnaissance qui apparut au large des côtes chypriotes en mars 1570 E.C., pendant le mois de Ramadân. La flotte sultanienne, arrimée dans le port d’Istanbul et commandée par l’Amiral Dâmâd Biyâlah Pacha, leva l’ancre le 15 mai 1570. L’armée de terre, composée de soixante mille soldats, était commandée quant à elle par le Ministre d’État, le Général Lâlâ Mustafâ Pacha. De nombreux leaders ottomans participèrent à la reconquête de Chypre, les plus célèbres étant les deux redoutables corsaires de la Méditerranée, les frères Barberousse, `Arûj Pacha et Khayr Ad-Dîn Pacha.

Au printemps 1570 E.C., la flotte ottomane se divisa en trois escadrons qui effectuèrent en Mer Égée des mouvements croisés, afin de flouter leurs intentions. Puis ils se réunirent à nouveau pour amener les forces d’occupation vénitiennes sur la côte méridionale de Chypre. La flotte ottomane débarqua ainsi dans le port de Limassol le 1er juillet 1570. Quelques semaines plus tard, les Ottomans lancèrent leurs opérations militaires terrestres qui allaient durer treize mois. Ils assiégèrent la ville de Nicosie où s’étaient retranchés dix mille soldats vénitiens et qui abritait quinze canons. Au terme d’affrontements qui durèrent quarante-neuf jours, ils parvinrent à prendre la ville le 9 septembre 1570.

Après ce succès retentissant, les villes chypriotes commencèrent à tomber les unes après les autres. Ce fut néanmoins la ville côtière fortifiée de Famagouste qui opposa le plus de résistance à l’armée ottomane. Sept mille soldats vénitiens, parmi lesquels cinq grands généraux, ainsi que soixante-quinze canons, y étaient en effet retranchés. Ces forces reçurent par ailleurs un renfort de mille six-cents soldats vénitiens et des quantités importantes de vivres et de munitions. Dans le même temps, les Ottomans apprirent que le Pape Pie V venait de former, le 25 mai 1571, une alliance chrétienne rassemblant la majorité des royaumes et des États chrétiens d’Europe.

Face à cette situation critique au point de vue stratégique et militaire, Istanbul décida d’envoyer à l’armée ottomane à Chypre des renforts et un soutien logistique. Par ailleurs, les Ottomans lancèrent une flotte de près de quatre cents navires qui avaient pour mission de se positionner au large des côtes italiennes et de couper l’aide aux Vénitiens assiégés à Chypre. Le Général Lâlâ Mustafâ décida de ne garder avec lui que quarante bâtiments pour assiéger Famagouste. La mission fut un succès, puisque sans renforts vénitiens, Famagouste ne tarda pas à tomber le 1er août 1571. La reconquête de Chypre était achevée.

Pour préserver cet acquis, les Ottomans firent s’installer à Chypre de nombreux Anatoliens, ce qui accrut considérablement la population vivant sur l’île. Entre 120 mille et 150 mille habitants vivaient à Chypre avant la reconquête tandis que le nombre d’immigrants est estimé selon les sources entre 30 mille et 200 mille Turcs musulmans. Cette reconquête fut par ailleurs perçue par la population grecque orthodoxe comme une libération. Dans certaines villes comme à Lefkara, il y eut des soulèvements contre les Vénitiens et des engagements aux côtés des Ottomans. Ces derniers prirent d’ailleurs des mesures rapides pour mettre fin aux injustices que subissaient les Orthodoxes. Ils abolirent ainsi le servage et octroyèrent aux familles paysannes la propriété des terres sur lesquelles elles travaillaient depuis des siècles.

L’Église orthodoxe fut également libérée du contrôle de la hiérarchie romaine et reprit son indépendance à travers l’Archevêché de Chypre. L’Église catholique des Croisés et des seigneurs vénitiens fut expulsée quant à elle de l’île. Ses édifices furent confisqués et convertis en mosquées ou revendus à l’Église orthodoxe. Les Catholiques qui habitaient sur l’île depuis la domination vénitienne durent choisir entre la conversion à l’Islam ou à l’Orthodoxie et l’exil.

Malgré la cuisante défaite de Lépante (en octobre 1571) consécutive à la reconquête de Chypre, et où la flotte ottomane fut anéantie par l’alliance chrétienne de Pie V, les Ottomans parvinrent à sauver Chypre et à garder en main leur destin en Mer Méditerranée.

Deux ans plus tard, durant les pourparlers de paix, le Grand Vizir dit à l’ambassadeur vénitien : « En conquérant Chypre, nous vous avons amputés d’un bras, mais en défaisant notre flotte, vous avez seulement rasé notre barbe. Vous ne pouvez pas espérer qu’un autre bras repoussera pour remplacer le bras amputé, alors que la barbe rasée repoussera à nouveau et de manière encore plus abondante ».

L’histoire donna raison au Grand Vizir puisque la domination ottomane sur l’Ile Verte, comme ils l’appelaient alors, perdura pendant 307 ans, jusqu’à ce qu’elle soit cédée à l’Empire britannique en 1878 E.C., contre la somme de 92 mille livres anglaises…

Published in:L'HISTOIRE ISLAMIQUE, Les Ottomans |on avril 16th, 2009 |No Comments »

Musique orientale

Musique orientale

Orchestre de l'Harem OttomanMusique orientale est l’ensemble des musique de l’aire culturelle s’étendent depuis l’Afrique du Nord jusqu’à la mer Caspienne.
Se contenter de perler de “musique arabe” simplifierait abusivement la réalité. Dans cette grande aire, on peur reconnaître quatre grande régions: le Magreb (zone arabo-berbère), le Machreq (zone arabe orientale, de l’Égypte jusqu’au Golfe Persique), la Turquie et l’Iran.
Musique orientale a ses racines dans le folklore arabe et turque ainsi que dans le musique classique occidentale et le musique joué dans les Harem.

La gamme orientale se compose de 24 intervalles et utilise de quart tones. La musique arabe connaît des modes musicales differents comme: rast (*) Douka (ou Dugah), rast Kurdi, rast Saba, rast Zirkola, rast Nîtn Kurdi, rast Sika, rast Nirn Boussalik, rast Oeharica, rast Nirn I-Iedjaz, rast Hedjaz (ou Hicaz) , rast Nawavand, rast Nim Rièsar, rast Himar, rast Tik Hlsur, rast Beyati, Nitn Adjain, rast ‘Aoudj, rast Niin mahor, rast Mah , rast Kerdan.
Les pays arabes de l’Orient (particulièrement l’Egypte, la Syrie et le Liban) ont beaucoup influencés la musique magrebienne.

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Le Wahabisme

HISTOIRE
LE WAHHABISME

On sait l’Arabie Saoudite sous le régime d’un dogme musulman spécifique, le Wahhabisme. Cette interprétation de l’islam, apparue dans la péninsule au XVIIIème siècle, fut enseignée par un certain Mohammad Ibn Abd Al-Wahhab (1703-1787). On la dit hanbalite, c’est à dire appartenant à la tradition d’Ibn Hanbal, la plus rigide des quatre écoles juridiques * du sunnisme. En réalité, le wahhabisme constitue une école juridique à part, se caractérisant par son radicalisme et un comportement répressif à l’égard de tout musulman n’appliquant pas à la lettre les obligations coraniques.

Carte de l'empire ottoman au XVIIeme siècleEn ce temps, l’Empire ottoman s’étendait à la périphérie de la péninsule arabique, englobant les régions littorales et les lieux saints de l’islam, La Mecque et Médine.

Après ses études à La Mecque et un voyage en Irak et en Iran, le jeune Mohammad Ibn Abd Al-Wahhab était rentré à son village d’Uyaynah, oasis du Najd, à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Riyad et situé hors de l’espace ottoman.

Devenu puritain et prônant une stricte application de l’islam, il se met à prêcher auprès des habitants de l’endroit. Mais son intégrisme est mal perçu et il se voit obligé de quitter les lieux.

Il se rend dans l’oasis d’Ad-Diriyah, à une demie journée de marche vers le sud. Là, l’émir local, Mohammad Ibn Saoud (Mohammad Al Saoud), s’intéresse à son discours et conclut avec lui un pacte qu’il scelle en lui donnant sa fille en mariage. La famille Saoud devient le bras armé du mouvement, Ibn Al-Wahhab son idéologue, version islamique de l’alliance ” du sabre et du goupillon “.

Ils déclarent hérétiques les musulmans opposés à leur vision radicale de l’islam et, leur déclarant le ” jihad “, partent en campagne contre eux. En 1787, Ibn Al-Wahhab meurt, mais son idéologie lui survit et l’expansion territoriale des Saoud se poursuit. En 1802, ils s’emparent de Karbala (en Irak), l’année suivante, ils prennent La Mecque.
Les Ottomans finissent par s’inquiéter. Ils dépêchèrent Mohammad Ali, le maître de l’Égypte, en Arabie avec son armée. En 1813, il reprend le Hedjaz, mais ne parvient qu’en 1818 à vaincre les Wahhabites, en détruisant la bourgade d’Ad-Diriyah au canon.

Vaincus, les Saoud restent pourtant fidèles au pacte passé avec Ibn Wahhab. Né en 1880, et inspiré par les récits de conquête de ses ancêtres, à peine sorti de l’adolescence Abd Al-Aziz Ibn Saoud (ou Abdel Aziz Al Saoud) se soulève. Un matin de 1901, avec une quarantaine de compagnons, il marche sur Riyad. Se postant en embuscade, ils attendent le passage du gouverneur entre son palais et la mosquée. Quand celui-ci apparaît pour se rendre à la prière, ils le tuent.

Abd Al-Aziz Ibn Saoud
Abdel Aziz Ibn SaoudÀ la suite de ce raid audacieux, Abd Al-Aziz prend le contrôle de la ville et s’intronise roi du Najd. Après la Première guerre mondiale, il repart en campagne et, en 1924 reprend le Hedjaz, puis l’Asir et constitue le territoire actuel de l’Arabie Saoudite.

Abd Al-Aziz ayant atteint ses objectifs politiques, il veut mettre un terme aux campagnes militaires. Mais les jeunes guerriers ne rêvent, eux, que de continuer la guerre. Le roi cherche bien à les sédentariser dans des communautés agricoles, mais ils poursuivent le ” jihad ” et lancent des attaques contre l’Irak, alors sous contrôle britannique.

Craignant les représailles de l’armée de sa Gracieuse Majesté, Abd Al-Aziz monte une armée à Jeddah et lance une opération contre les insoumis. Il les défait en 1929 à la bataille de Sibilla.

Carte de l’Arabie Saoudite
Carte de l'Arabie SaouditeEn 1938, la découverte de pétrole dans la région de Dhahran donne à l’Arabie Saoudite une nouvelle importance. Sans attendre, la Standard Oil, compagnie américaine, signe un accord avec le roi. Le “ jihad ” peut désormais continuer sous une forme non militaire, en propageant l’idéologie wahhabite en dehors des frontières du royaume grâce au pouvoir de l’argent.

Au cours des années 80, sur le terrain de la guerre d’Afghanistan, la relation américano-saoudienne prendra toute son importance, jusqu’à permettre l’émergence d’un personnage comme Oussama Ben Laden.

Aujourd’hui, en Arabie Saoudite, la problématique consiste à réduire l’idéologie wahhabite, pour limiter les pulsions terroristes, sans détruire les forces assurant la cohésion du pays. Une tâche difficile.

Jean Isnard

 

Note* Les quatre écoles juridiques ont été créées au VIIème et au VIIIème siècles par Malik Ibn Anas, Abou Hanifah, Mohammad Ibn Idris Ach-Chafii et Ahmad Ibn Hanbal.

Published in:KHILAFA ISLAMIA |on avril 16th, 2009 |No Comments »


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